Les nuits et les jours de Querbes
Les nuits et les jours de Querbes
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Paroles d'écrivains et de journalistes

par Alex (mercredi 4 novembre 2015)

Querbes, Asprières, Figeac. Avec les grands, sans chichis. par Dora Latiri (2015)

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Je suis arrivée encore zombie après les conseils de fin d’année, rien préparé, pas regardé le site pourtant facile à trouver. Je savais qu’il y aurait du jazz et des livres, des compatriotes de Tunisie. Me laisser porter. Les textes lus par des pros. Écouter, discuter. Le jazz : son doux du tuba, fusion luth et guitare, derbouka, flute de Naïssam. Rêver. Papoter. Danser. Rencontrer partout des Tunisiens de cœur venus de loin. A Querbes, croiser à deux reprises la chouette secourue par Jean-Paul, rencontrer un papillon qui s’appelle Monika, boire le café dans le bol de Boualem.
Le plus petit des grands festivals, cru 2015, I was there !



Authentique lieu de rencontre planétaire par Hager Ben Ammar (2015)

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Authentique lieu de rencontre planétaire, Querbes fut une révélation !
Pour sa 18éme édition, ce festival, géographiquement modeste mais vaste humainement, a convié la Tunisie. Ce fut un enchantement ! C’est dans la commune d’Asprières, où les festivités se sont prolongées, que Jean-Paul Oddos nous a offert d’éblouissants concerts ; c’est en ce lieu que les comédiens ont donné vie à quelques textes marquants de la littérature tunisienne. Et c’est donc à Asprières que des personnes concernées de près ou de loin se sont retrouvées pour respirer le doux parfum de la Tunisie. Que de rencontres et d’échanges multiples et généreux !
Même les enfants ont pu naviguer entre le Canada et la Tunisie et écrire de jolis récits de voyage.
Voilà tout ce qui contribue à la magie de ce festival ! MERCI




À l’attention des organisateurs du festival Les Nuits et les Jours de Querbes par Jennifer Couëlle (2015)

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Je souhaite ici vous faire part de mon grand bonheur d’avoir pu participer à la 18e édition de votre festival.

En effet, je me suis sentie privilégiée de pouvoir à la fois assister aux lectures, aux discussions autour d’œuvres et de réalités sociales, ainsi qu’aux concerts, et de pouvoir concevoir et diriger des ateliers d’écriture pour enfants en collaboration avec l’auteure jeunesse Hager Ben Ammar, devenue sur le champ une nouvelle collègue. Le contact avec les enfants – mon public cible – est toujours très révélateur, et m’a permis dans ce cas-ci d’observer comment des enfants d’un autre contexte socioculturel (je vis au Canada) réagissent à mes propositions.

Aussi, entendre mes histories et mes poèmes lus par une comédienne devant un public attentif, et participer à une discussion autour de ma pratique d’écriture et de celle de ma collègue Hager, fut une expérience particulièrement enrichissante. Cela m’a forcée à réfléchir en direct à la nature et aux particularités de l’univers littéraire que je propose aux enfants, me permettant du coup de situer mon travail dans un contexte plus vaste et d’articuler ma pensée.

Je souhaite aussi souligner l’intérêt du caractère paradoxalement spontané et profondément réfléchi de ce festival. La direction du festival ne donnant aux auteurs (sans doute aussi aux musiciens, je l’ignore) que les grandes lignes de ce qui était attendu de leur participation, nous nous sommes retrouvés dans une situation de spontanéité continue, où il était impossible de ne pas exprimer l’essence de nous-mêmes et de notre travail. Il semblait tout naturellement n’y avoir aucune place pour les discours convenus ou par trop préconçus. Et pour que tout cela se tienne, que la programmation soit cohérente, il fallait clairement au préalable un ensemble de connaissances solides et une réflexion approfondie. La direction du festival en a fait preuve, nous incitant à chaque instant de puiser dans notre capacité à être présent.

Je suis repartie de ce festival avec en mains des livres d’auteurs que je n’aurais sans doute jamais découverts si ce n’était de mon passage à Querbes, je suis repartie enrichie de mes nombreux échanges professionnels et personnels avec des artistes, des penseurs et des êtres humains curieux et cultivés, je suis repartie avec la satisfaction (et la reconnaissance) de savoir que mes livres ont plu, ont été achetés et seront ultérieurement diffusés dans d’autres cadres.

En tant qu’auteure invitée venue de loin, l’unique bémol que j’ai trouvé à ce festival est l’intensité de sa programmation, pas toujours facile à suivre jusque dans la nuit. Mais bon, son nom nous l’indique bien…




Steinway à la grange par András Imreh (2014)  

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C’était l’après-midi du deuxième jour, vers sept heures. Après les lectures faites dans la journée, fatigué, mais aussi très ému par l’enthousiasme du public, par son attention et son intérêt profond manifesté envers la littérature hongroise – y compris, oui, en dépit de toutes les prévisions, par la poésie –, et souhaitant me détendre et réfléchir un peu, je me suis retiré à la grange. Il n’y avait personne. Tout le monde se préparait pour le repas. Profitant de ces quelques minutes de calme, j’en profitai pour marcher un peu, observer. C’était alors que j’aperçus le Steinway Grand Concert. Noir, poli, noble, tel une jument magnifique dans les écuries avant les courses. Oui, un Steinway Grand Concert à la ferme d’un petit village : l’élégance paisible du Festival de Querbes.





Querbes ? par Nathalie Peyrebonne (2013)

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C’est l’histoire d’un hameau. Tout petit.
Et c’est l’histoire d’un festival. Tout petit aussi : « le plus petit des grands festivals », pour être précis. Ah bon, c’est-à-dire ? Eh bien imaginez quelques maisons, des granges éparpillées, du monde un peu partout, vous au milieu, vous baguenaudez et vous tombez sur des comédiens, ils lisent des textes, ce peut être dans un pré ou dans une grange, cela dépend, mais toujours les mots, superbement portés, se glissent élégamment entre les gens rassemblés, les vieilles poutres et les cancanements, bêlements ou bourdonnements voisins. Ah, et puis il y a les vaches. C’est important, les vaches, à Querbes. Le matin, les enfants en fabriquent, ils ont atelier vache. Une fois terminés, les élégants bovidés aux structures métalliques sortent triomphalement avec leurs concepteurs, accompagnés d’une fanfare enthousiaste. Ensuite les lectures, les discussions reprennent, puis les concerts, qui se succèdent dans la grange voisine, réaménagée en salle de spectacle aux dimensions généreuses. Et les notes s’échappent des guitares, violoncelles, violons ou saxos, accompagnant les balles de ping-pong qui surgissent des pianos ou les images singulières projetées en arrière-fond.
Les journées sont longues, à Querbes, les concerts se prolongent tard dans la nuit, les gens s’attardent.
Elles passent pourtant si vite.
Les plus courtes des longues journées.
Querbes. C’est petit, c’est grand, c’est court et c’est long.
Mais arrêtez donc de vouloir tout mesurer.
Querbes, c’est Querbes.
Allez-y.
Vous verrez bien.




Saint-Germain-des-Querbes par Frédéric Ciriez (2013)  

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Frédéric Ciriez

"Les Nuits et les Jours de Querbes", un festival de jazz et de littérature en plein coeur du mois d’août dans un hameau situé près de Capdenac, entre Decazeville et Figeac, Aveyron, département 12. Saint-Germain-des-Querbes… Jazz et littérature à gogo pendant trois jours, au milieu des prés, dans une ancienne ferme du 17e siècle bordée de somptueuses dépendances. Ici, les oreilles voient et les yeux entendent : des concerts magiques dans une grange à l’acoustique digne de Pleyel et des lectures littéraires sous les frondaisons, ainsi qu’ à Figeac même, Place de la lecture, face à l’excellente librairie Le Livre en fête où, tels des mages, trois comédiens viennent offrir leur voix au public - pour ma prose, le céleste belge Jean-Luc Debattice. Cette année, Rousseau, le masochiste genevois, est l’invité d’honneur : le contrat social n’est-il pas une forme de proposition artistique ? Autre mort éternel célébré à Querbes, Jens Peter Jacobsen, puissant Danois un brin obscène mort à 38 ans le 30 avril 1885 - la terrible nuit de Walpurgis dans les mythologies scandinaves, la nuit du Mal et de la renaissance vitale.
Du côté des auteurs vivants apparaissent Nathalie Peyrebonne, une gréviste fantasque (façon Ferdinand Lop), Tancrède Voituriez, un économiste qui a compris que le sexe et l’argent régulaient la mondialisation (mais pas la pauvreté), et moi-même, Frédéric Ciriez, membre honoraire de la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes (SAPE). 
Une tonique équipe de bénévoles régale le festivalier à la pompe à bière, au café et au self-service de plein-air : pour bien écouter, il faut bien boire et bien manger… La vie à Querbes, en fait, c’est comme au Meurice, mais en mieux, grâce à Jean-Paul et Katrin, maîtres des lieux et architectes généraux du festival.
Si un égoïste est bien quelqu’un qui ne pense pas à moi alors eux ne sont pas égoïstes du tout puisqu’ils ne pensent qu’à moi, c’est-à-dire à chacun, ou encore à tout le monde - Rousseau encore, qui pourtant ne pensait qu’à lui. 
Décidément, la campagne n’est plus ce qu’elle était, le temps où les bovins avaient les mêmes yeux que les hommes asservis… Ici les yeux sont des vers luisants, notamment ceux d’inconnues qui viennent en procession me parler d’Olivier Michel, le maître de la librairie L’Humeur vagabonde à Paris, qui a visiblement ses entrées dans l’Aveyron et quelques "clientes" en vadrouille…
Querbes, c’est le centre du monde estival, le sommet de la civilisation festivalière. Saint-Germain-des-Querbes.
 
Regret : avoir manqué Nicole Carrière, originaire de Béduer à côté de Figeac, le jour de notre passage dans la sous-préfecture du Lot - partie remise.  

Surprise : avoir croisé par hasard et traîné Place de la lecture à Figeac un certain Jim Bamber, Canadien d’Ottawa faisant le tour du sud-ouest à vélo et rencontré deux jours plus tôt au sud de l’Aveyron.

Bonus : les jolies vaches blanches de Querbes, hôtes silencieuses qui doivent trouver bien étrange parfois l’activité des hommes.  


Venir à Querbes par Tatiana Arfel (2012)

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Tatiana Arfel

Venir, à Querbes c’est en avoir entendu parler, déjà. Par un Lilian Robin (Tripalium, il faut lire Tripalium) enchanté de son séjour, qui décrivit tant et plus concerts, conversations, lumières du soir, et surtout cette impression rare, de se sentir si vite, si bien.
C’est, alors qu’on n’habite pas vraiment loin, prendre trois trains qui, par les voies impénétrables de la SNCF et de la nature rétive (le transit par Roubaix, venant de Montpellier, fut évité de justesse), creusent un drôle de trajet en triangle, sans pour autant revenir en case départ. D’ailleurs le dernier train n’en est pas un, c’est un wagonnet, une charrette, une esquisse, où le contrôleur ne vous contrôle pas – il vous parle.
Puis c’est la grande et vieille maison en pierres nichée, chantournée, truffée de pièces mystérieuses et d’alcôves clandestines, c’est l’odeur du bois, des livres, et de la fumée, qui ne part jamais, heureusement. Du vert tout autour, des enfants partout, des tartines abandonnées, des bénévoles groupés, ados, adultes, affairés, et enfin une chambre claire, ouvrant loin la vue, du vert, du ciel et des moutons. Où l’on se dit que l’on écrirait bien là, sur le petit bureau ciré, dans la douceur des conversations qui montent – mais qu’on ne sera pas assez disciplinée cette fois-ci, il y a tant à voir et à écouter.

Que le festival commence, donc. C’est le temps qui s’interrompt ou plutôt s’augmente, à partir de là - quand on repartira, cinq jours plus tard, on sera bien étonnée que le monde du dehors existe encore. Vrac de notes et d’images et d’éclats, en plein air dans un amphithéâtre ou un parc, dans le musée de la mine, sur une placette de bourg, dans la grange, ah, les concerts dans la grange, être si retiré et tellement au cœur, pourtant. Traverser avec Oriol Roca toute la vie, dissonante et incarnée, d’un homme, s’étirer avec Didier Petit élastique sur son violoncelle violenté, se laisser prendre par le Vrak Trio et le répondant de l’Orchestre National de Querbes, assauts sonores, tous ont gagné.
Et puis, rencontrer, rencontrer le public. Trois rencontres de suite, aucune ne se ressemblera, les questions se creuseront, le public s’enhardira. Rencontrer les comédiens et les écouter lire, lire nos textes, mais aussi ceux des intègres aînés : y trouver force. Rencontrer les autres auteurs, invités, de passage, partager lectures enthousiasmes et conspuer aussi (ce qu’on peut être mauvaise langue), rire, beaucoup. Rencontrer les organisateurs, les bénévoles, et, avec le partage des repas, et l’invaincue buvette, toujours trouver avec qui boire et rire. Dormir peu et pourtant être parfaitement éveillée. Le dernier soir, organiser même un obscur procès où chacun joue un rôle, argumente absurdement, mentionne brebis menacées par feux d’artifice, soupçonne mille préméditations, et terminer avec l’allocution émue de Jean-Paul, debout sur la table, pendant que Katrin traduit aux allemandes tablées, couvrant à peine les esclaffés.

À Querbes, personne ne m’a assise derrière une table à dédicaces où je devrais expliquer aux gens où sont donc les toilettes. Personne n’a posé la question : et sinon, vos livres, ils s’inspirent de votre vie ? (Pitié). Personne ne force à rien faire, ce qui fait naturellement qu’on ne veut rien rater. Surtout, dans chaque moment, avec chacun passé, il n’y avait pas d’inutile. Parler avec celui qui fait faire des sculptures de sept tonnes aux enfants des banlieues. Avec celle qui toujours debout veut faire lire ses élèves de lycée pro. À celui qui a enfin obtenu son temps partiel et qui travaillera moins pour vivre mieux. À tous ceux-là qui ont créé et fait vivre ce festival, qui y viennent en fidèles et en amis, et qui résistent, pour découvrir et faire lire, entendre et partager, questionner et recevoir, continuer à s’engager.




Les nuits et les jours de Querbes par Dominique Manotti (2012)

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Dominique Manotti

Les nuits et les jours de Querbes, j’y suis venue cette année pour la première fois, et ce fut une merveilleuse surprise. Parce que j’y ai fait des rencontres, des vraies rencontres. D’abord avec les écrivains invités : au delà des pratiques et des goûts littéraires très différents, nous avions des centres d’intérêts communs, et donc des choses à nous dire. Nous avons commencé à les dire, et peut être que nous continuerons dans l’avenir. En tout cas, merci aux organisateurs de Querbes de nous avoir réunis, ce n’était pas joué d’avance. Rencontres aussi avec des lecteurs, nous avons pris le temps de dialoguer, de critiquer. J’en redemande. Et rencontres avec le jazz : bravo pour la programmation, rien que du bonheur. Alors, pour Querbes, hip hip hip hourra !




Querby night and day… par Mouloud Akkouche (2010)

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Mouloud Akkouche

A Querbes, nuits et jour n’ont pas de frontières et se conjuguent au présent. Mots, sons, vers et verres s’entrechoquent d’une aube l’autre. Ce mois d’août 2010, deux frères de sang et de culture, marabouts en train mêlant l’Afrique et la banlieue, artistes universels, ont entraîné tout le monde dans une spirale de rires mais aussi de réflexions dignes d’un colloque du collège de France. Un cocktail de gai savoir… Tous avons détricoté le temps et semé nos certitudes sous un ciel chargé de pluie. Cieux de l’Aveyron, de banlieues et d’ailleurs confondus pendant quatre jours. Chacun, riche ou pauvre, jeune ou moins jeune, rêveur ou pieds sur terre, a engrangé son lot de questions. Question, voilà le maître mot de ce festival. Ici, musiciens, écrivains, public, organisateurs repartent avec plus d’interrogations qu’en arrivant. Tables pliées et lampions éteints, les jours et les nuits de Querbes continuent d’éclairer nos doutes. Tôt le matin, un motard, voix chargée des petits secrets de la planète, œil discret et attentionné sur le festival, a repris sa route. Bonne route à tous les collectionneurs d’éphémères !




Syndrome de l’imposteur. par Lilian Robin (2010)

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Lilian Robin

Symptômes du dit « auteur » : sentiment répété de tenir le crachoir à des individus cent fois plus méritoires. Prescription salutaire : se taire ! C’est ainsi qu’après la cinquième « dernière bière après je vais me coucher », me fut révélée, entre un poème de René Char, une citation d’Heidegger et une anecdote de caïd, la fonction véritable des hémorroïdes. Du silence revenu, a surgi de la grange, un akkoucheur impénitent, sorcier OuLiPotter, inventeur fou d’Ali Bido, sexologue ambulant. Gardien des mots passants, meneur d’errances à terme, Jean-Paul, d’un pied ferme, pilotait l’ambulance. Epaulé par les infirmiers, les uns fermiers, les autres fils, femme ou fille d’un pharmacien faiseur de liens. Et puis les aides, soit niant l’existence même de Dieu, soit celle plus crasse de la lutte des classes. L’hôpital Querbes est merveilleux, à s’en rendre malade. Pour pouvoir revenir…




Querbes mirage par Wilfried N’Sondé (2010)

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Wilfried N’Sondé

Littérature et musique dans les granges, là-bas sur les hauteur de Querbes, carrefour des générations au son du jazz, de la musette et des chansons. Hymnes à l’amour, cuivres et percussions qui s’en vont étonner les tympans, paumes qui frappent la mesure pour défier la pluie qui gronde. Nourrissons, adolescents et grisonnants avides de notes et de mots écorchés des souffrances humaines. Opéra hip-hop, valses champêtre aux accents scandinaves et méridionaux. Festivités du partage, du mouvement vers l’autre, de l’envie d’être bien ensemble pendant ces jours et ces nuits. A Querbes l’on tombe dans un mirage qui s’entête, il fait du bien et nous offre un rêve, une immersion rurale des amoureux de la création et l’expression artistique. Voilà, votre festival est une merveille…




Un peu surpris par Skander Kali (2010)

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Skander Kali

Le Festival de Querbes est un événement chaleureux, accueillant et convivial. Le site, entre grange, champs et maison de campagne, est un lieu insolite et plein de charme. J’ai particulièrement apprécié le grand spectacle inaugural et certains concerts de jazz de grande qualité (notamment ceux du dernier soir). En tant qu’auteur, j’avoue que j’ai été un peu surpris : je n’avais pas encore assisté à un événement qui mêle libre parole, débat généraliste, interventions spontanées et intermède musical, le tout à un rythme assez soutenu. J’ai l’habitude des rencontres auteur-lecteurs beaucoup plus orthodoxes. Je conserve cependant un très bon souvenir de la première rencontre à Figeac. Dans l’ensemble, les relations avec les lecteurs ont été simples et agréables.




Querbes ! par Ernest Pépin (2009)

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Ernest Pépin

« Le plus petit des grands festivals de jazz ! » voilà comment se présente le Festival de Querbes. Je ne sais pas si c’est vrai. Ce que je sais, c’est que ce festival conjugue la générosité, la littérature et la musique dans un cadre rural où les vieilles pierres tiennent lieu de décor naturel. Dans un paysage vallonné, où les prés étendent de larges échancrures de lumière, où la terre semble crouler sous le poids de la verdure, où les orages traversent le ciel comme des cavaliers de l’apocalypse, le festival se déplace d’un point à l’autre comme pour insuffler à l’ensemble des lieux l’intraitable beauté de l’art et la rigueur de la réflexion.

Trois jours et trois nuits d’une exceptionnelle densité où les mots et les notes se suivaient, s’entremêlaient, apportant ce que Césaire appelait un « supplément d’âme » à ce terroir si tellement français. Festival sans prétention, suivi par un public fervent, vrai et fraternel. Rien d’exotique mais, au contraire, le désir de rencontrer l’autre pour ce qu’il est et surtout pour ce qu’il peut apporter à la compréhension de la diversité du monde. Festival des petits moyens, du bénévolat, de l’enthousiasme, rempli d’odeurs de granges, de mines désaffectées, de figuiers et de frênes. Festival simple comme bonjour, sincère, à l’image de ces femmes et ces hommes qui, sans en avoir l’air, réalisent un miracle : celui de l’échange, du partage et de la fraternité. Querbes ce n’est rien d’autre que cela : une fête au bout des mots, au bout des notes, enracinée dans un coin de France soucieux d’entendre le pétillement du monde.




Que la fête soit belle par Marc Kravetz

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Hoda Barakat, Shlomo Sand et Mark Kravetz.

Je sais que la fête sera réussie et je vous la souhaite plus belle encore, comme il en est ainsi année après année. En fait je n’en ai vécu que deux avec vous, mais c’est comme si elles en valaient dix ou douze, tant les souvenirs restent présents, aux oreilles, à la tête et au cœur. Un été sans Querbes, c’est quand même l’été, mais ce n’est pas pareil. Tout à l’heure je vais me faire fantôme pour me glisser dans la grange –il suffit de fermer les yeux, les mots et la musique arrivent aussitôt. Maigre consolation, car en vérité, aussi belle soit la musique et aussi évocateurs sont les mots que l’imagination suscite, tout cela n’est rien sans les gens, autrement dit, sans vous. Il y a partout des festivals, des musiciens, des écrivains, des poètes, des libraires, des liseurs, des lecteurs et des spectateurs, mais la magie de Querbes est unique. Ce n’est pas très original de le répéter, tous vos hôtes, vos invités et vos amis l’on dit et redit, mais il n’y pas tellement de manière de dire qu’il suffit d’être venu une fois à Querbes pour que l’instant devienne inoubliable.




Un festival pas comme les autres par Diane Gastellu

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Steve Potts

Pour « Les Nuits et Les Jours de Querbes », la musique n’est pas un art décoratif. La littérature non plus. Le festival d’été 2009 a choisi pour thème les Antilles. Et voyez comme ils sont, ceux de Querbes : pas l’ombre d’un madras, pas trace de collier chou, pas de doudou aguicheuse, pas de zouk non plus. Au lieu de cela, les racines et les prolongements d’une colère encore chaude, quarante jours et quarante nuits de grève, déluge libérateur en pleine saison sèche. Quatre écrivains en chair et en os : Daniel Maximin, Gisèle Pineau, Ernest Pépin et Margot D. Marguerite, et d’autres en papier, par voix interposées : Glissant, Chamoiseau, Césaire, Tirolien… Les Nuits et les Jours de Querbes, faut-il vous le rappeler, sont un festival pas comme les autres. Non que les autres soient tous semblables, mais celui-ci n’est pas comme eux, voilà. D’abord, Querbes est un endroit impossible. Un hameau minuscule planté sur le bord d’un plateau, surplombant les franges de châtaigniers qui descendent vers la vallée du Lot. Dans la cour d’une maison, deux cents allumés venus d’à côté ou de très loin. Cela lit des livres qu’on ne trouve pas au centre commercial, écoute de la musique qu’on ne voit pas à la télé, côtoie des danseurs sans tutu ni paillettes. Ça mange aux mêmes tables, ça participe à des débats, ça discute le coup entre les concerts… et ça étend ses tentacules jusqu’aux (petites) villes voisines, annexant Decazeville, Capdenac et Figeac comme autant de banlieues d’Asprières (707 habitants au dernier recensement) (…) Les « Nuits et Les Jours de Querbes » sont une mosaïque d’arts plantée dans un environnement insolite, mélange de ruralité et de rudesse ouvrière. Quelques semaines plus tard, ce qu’il vous en reste, ce sont des émotions : la colère sourde et la fierté avec le trio Cancelli-Potts-Debattice le dimanche, le rire avec les passages de Gisèle Pineau lus dans l’étable, la nostalgie du duo Connivences, la lucidité d’Ernest Pépin, la jubilation du dernier concert. Et tous ces imprévus qui font la personnalité du festival : l’entrée de Steve Potts dans la musique de l’ONQ ! sur “African Marketplace”, le pique-nique improvisé sous la halle de Capdenac cernée par une pluie battante, et surtout, pendant un débat dans l’étable, quelques lambeaux de Nocturne de Chopin – un jeune spectateur attiré par le Steinway qu’on venait d’accorder dans la grange – et juste après, le concert des canards mis en joie par une nouvelle averse. Cela, vous ne le trouverez pas ailleurs. C’est à Querbes.




Querbes par Boualem Sansal (2001)

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Longues étaient les soirées, drôles les insomniaques, et les enfants endiablés à point qui passé minuit disparaissaient sur leurs balais dans l’ombre des projecteurs.

Au-dessus de nos têtes passaient les oiseaux de nuit et les étoiles filantes, nous les entendions à peine, les tablées étaient belles, les rires joyeux, les yeux langoureux.

Des chemins qui partent dans tous les sens, étroits, embaumés, vers le village d’en haut, le bourg d’en bas, vers la montagne, vers la plaine, vers des criques ensorcelantes qui appellent à la noyade.. Odeur de chaume, odeur d’encens, odeur de terre, odeur de paix.

Ah ! la langueur des petits déjeuners qui traînaient en longueur jusqu’à ce que midi vienne nous rappeler qu’il est temps d’avoir faim pour de vrai. Comment avons-nous fait, personne n’était jamais au rendez-vous de sept heures, tous dormaient, ici, là, sans se gêner…

Ah ! la torpeur des après-midi. Qui bougeait réveillait les autres. Papotages sous les arbres. Confidences à l’ombre des murets.

Petites siestes gagnées à la sueur du front. Où trouver un lit libre ? Un banc inoccupé ?

Un peu de pelouse nue ?

Repas à la bonne franquette. Ni smoking ni rince-doigts. Tomates rouges, tomates vertes, comme s’il en pleuvait, du vin à damner un saint, boudiou, du fromage fort de corps, du merguez en kilomètres, et même tiens, un mouton en broche rôti sous les yeux émerveillés des gourmets…

Livres. Lectures. Dédicaces. Débats. Musique. Poésie. Balades.

Randonnées. Quelle meilleure manière de se préparer aux langueurs de la nuit ?

Et puis la fin. Personne n’y pensait.

Les départs, échelonnés sur deux jours et plus. Embrassades. Des temporisations qui rendent tout plus difficile, l’échange d’adresses, les gestes d’adieu gauches. Nous avions déjà des regrets pour l’hiver, des souvenirs pour le printemps, des projets pour l’été. L’été reviendra l’année prochaine à la même date, nous retrouverons nos jours et nos nuits de magie.




Aller à Querbes  par Denis Montebello (2000)

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Asprières. Querbes. Suivant la pente remontante, ou , si l’on préfère, selon l’étymologie, et en passant sans transitions des hauteurs rocailleuses du premier nom aux aspérités non moins acerbes du second, j’ai d’abord songé à une montée, pénible forcemént, dans la pierre et sous la canicule. À l’ascension programmée d’un mont purgatoire. À une plongée, vertigineuse, dans le temps, comme promis encore par la publicité, dépliée par hasard, pour Peyrusse-le-roc. Selon l’étymologie, disais-je, l’étymologie remotivante, la seule au fond qui me motive, cela devait ressembler à un chemin de croix. L’épreuve devait donc me grandir. Déjà je me sentais pousser des ailes. Au moins des ailes de corbeau. Le seul animal capable, avec le choucas, d’élire pareille solitude. D’habiter ainsi son nom.

Cette pente est devenue manie. Avant d’aller à Querbes, avant de le trouver sur la carte, avant de songer à le chercher, je me demande d’où ça peut bien venir, Querbes, de quel mot latin. Je pense à un quadrivium, au "croisement de quatre voies". Il doit sûrement y avoir une voie romaine qui passe par là, qui en coupe d’autres.

Et puis il y aurait quelque logique à établir là un festival qui se présente comme un carrefour, où se rencontrent des arts, des créateurs qui d’ordinaire s’ignorent ou tout simplement ne se connaissent pas.

Étymologie hautement improbable, et qui me conduit à orienter ailleurs mes recherches, vers le chanvre, la plante textile qui était fort cultivée au Moyen Age et dans ces régions. Chez moi, en Charente, il y a un Cherves qui vient de là : de cannabis. L’étymologie est tout aussi séduisante, et je m’y fourvoie avec bonheur.

Du textile au texte, il n’y a qu’un pas, un mot, il suffit de l’écrire. C’est ce que nous ferons les jours et les nuits de Querbes. En buvant du vin (de Marcillac, et ce ne sera pas de la limonade !). Sous les étoiles. Nous parlerons du temps, et ce sera comme un rêve.

Comme dans les rêves. Où le temps se trouve projeté dans l’espace. Transformé en espace. Ce sera ça, Querbes, un espace de trois jours. Un espace devenant lieu à mesure qu’on l’habite. Des collines s’arrachant au brouillard et qui parle d’Italie…"




Page mise à jour le : 3 février 2010.

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