Les nuits et les jours de Querbes
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... Léonora Miano

par Alex (dimanche 9 décembre 2007)
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Léonora Miano, François Bégaudeau et Olivier Maulin, Querbes 2006

Il faut déjà beaucoup aimer ce nouvel ami, pour lui dire "oui"

quand il vous propose de participer à un festival champêtre. Un auteur connu s’est désisté, pris par son oeuvre. Il faudrait quelqu’un, pour le remplacer. Quelqu’un qui aurait du temps ou peut-être pas d’œuvre encore… Quelqu’un d’assez gentil. On n’est pas tout à fait cette personne, mais il y a l’ami, sa générosité, ses maladresses touchantes, sa simplicité. Alors, on trouve en soi les restes d’une capacité à faire plaisir, et on se surprend à monter dans le train. Six heures de trajet. Direction la campagne. Là d’où on vient, ça s’appelle la brousse, et on n’aime pas trop ça. Ce qu’on connaît, ce sont les villes. C’est là qu’on aime être, anonyme, sauvage, sans que le quidam trouve à redire. On sait qu’on joue contre sa nature. Mais on a peu d’amis, surtout si neufs, et qui trouvent des qualités là où on sait, puisqu’on se connaît bien, qu’il y a si peu en réalité. Le train arrive dans une gare du bout de la France. On n’y croyait plus. Est-il possible qu’il y ait encore un monde ici ? On empoigne la gamine qui trouve ça chouette, un périple vers la brousse, la campagne. Sur le quai, l’ami est là. Il a les yeux pleins de lumière, et on n’est plus sauvage. On tombe dans ses bras ouverts, et on s’ouvre de même. Tout à coup, le soleil est plus qu’un lampadaire luisant machinalement là-haut. Et la campagne est belle. A vous couper le souffle. Avant même de voir les gens, tous ceux qui se fichent bien qu’on ne soit pas cet auteur célèbre pris par son oeuvre, et qui viendront entendre ce qu’on aura à dire, avant de gagner la maison ouverte, offerte, on se sent bien. Curieusement heureuse. C’était une bonne idée, de dire "oui". Il n’y a pas qu’un ami, mais tout plein. Il y a un sens du partage inconnu jusque là, et la rare occasion de redevenir une personne parmi d’autres. Le pain et le vin sont offerts comme la maison, comme la nuit enfiévrée et pourtant habitée par une paix insoupçonnée. Tout est simple, et forcément précieux. On dort mieux qu’à la ville. On aime mieux sa gamine. Et on remercie sans paroles l’ami qui vous a fait venir là, sans avoir la moindre idée de ce qu’il offrait. On mange des grillades trop cuites ou pas assez. On boit plus que de raison. On espère n’être jamais trop célèbre, ni trop prise pour être de nouveau conviée au partage des mots et de la musique. Il pleut, il est vrai. Comme les pleurs émus qu’on n’ose pas verser.

Léonora Miano

Page mise à jour le : 2 décembre 2007.

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